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EPISODE 1

 

Un film documentaire ne raconte pas tout… Pas assez en général. Et celui-là en particulier mérite un complément. J'avais envie de me laisser aller, sans souci d'image, de montage, de témoignages, pour raconter la petite aventure de ce tournage pas comme les autres. Et puis cela me donne l'occasion de parler de ceux que j'aime dans ce pays qui m'est, au fil des ans, toujours un peu plus familier. Je ne suis pas écrivain, là n'est pas ma vocation, alors si vous acceptez d'avoir un peu d'indulgence sur le style, je vous emmène avec moi, à Hanoi, là où tout commence…

     1. POURQUOI FILMER ?    

     Je suis arrivé à Hanoi en octobre 1996. A 26 ans, j'avais pour mission de mettre en place le système pédagogique d'une école appelée HOA SUA ("la boulangerie" pour les familiers) qui avait pour vocation de donner des formations professionnelles en hôtellerie aux jeunes défavorisés de la capitale : enfants de familles pauvres, orphelins, enfants des rues…. Peut-être y en a-t-il parmi vous qui ont eu le plaisir de déguster, au restaurant d'application, une bonne salade fraîche ou un steak frites de chez nous… Après des semaines de "Mi xao" (nouilles sautées) ça ne fait en général pas de mal.

     C'est au service de ce magnifique projet que j'ai découvert le Vietnam et que je m'y suis profondément attaché.

     Pendant mes temps libres, les voyages en moto que j'entreprenais dans les régions montagneuses du nord m'ont naturellement conduit aux anciens combattants de la guerre d'Indochine. Je partais en général seul avec un ami vietnamien, et au gré des routes, nous nous arrêtions à la tombée de la nuit chez les montagnards. Les soirées arrosées d'alcool de riz, leur accueil chaleureux, tinté de curiosité, mêlé de nonchalance, étaient similaires à celles d'il y a 50 ans… Alors mon émotion se décuplait lorsque, rentré à Hanoi, je me plongeais dans les récits de Lucien Bodard, d'Elie de St Marc, de René Mary, de Paul Bonnecarrere pour ne citer qu'eux…

     Et puis est venu le temps du retour à Paris après deux ans et

 

demi de vie intense… J'ai retenu mes larmes jusque dans l'avion. Quand il a quitté le sol, je me suis lâché en regardant par le hublot s'éloigner le fleuve Rouge dans une brume ocre de plus en plus épaisse. Je pleurais comme un gamin qui regarde s'éloigner sa mère…

     Et puis j'ai été heureux de retrouver les miens, d'être à nouveau dans l'anonymat (il faut avoir vécu dans ces pays-là pour comprendre le besoin intense d'anonymat que l'on peut éprouver parfois…), de bénéficier d'infrastructures modernes, certes… Mais l'exaltation quotidienne n'était plus là, je ne découvrais plus rien. Les soucis des uns et des autres étaient bien éloignés des miens… La seule chose à faire était de trouver un métier qui me permette de voyager, de découvrir, de trouver d'autres dépaysements encore. Photographe et vidéaste amateur cela faisait un bout de temps que je rêvais d'être cinéaste, c'était peut-être le moment de me lancer !

     Une rencontre tombée à point nommé me libère de mes utopiques velléités. Christian et Marie France des Pallières, fondateurs de l'association " Pour un sourire d'enfant " au Cambodge me proposent de faire le film pour leur prochaine tournée en France. Sur la décharge de Phnom Penh, je m'active entre pestilences et visages infantiles d'une rare beauté. Expérience troublante et merveilleuse qui me lance dans le métier et plus, et plus, et plus… Ainsi s'est conceptualisé ce pourquoi, dans l'avenir, je déciderai ou non de filmer : "faire de l'image, et plus, et plus, et plus…".

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     2. QUE FILMER ?    

     Eté 2000, j'ai le sujet de mon premier vrai documentaire en tête. Petit problème, tout le monde s'en fout ! En octobre aura lieu la commémoration des 50 ans de la chute de Cao Bang, autrement dit, de la tragédie de la RC4 (Route Coloniale N°4). Une chose est sûre, cet événement ne sera pas sur-médiatisé… Mais moi, il me touche, je me sens concerné, j'irai !

     Et j'y suis allé, non sans difficultés, je l'avoue. Tellement découragé par une absence totale d'échos, j'étais sur le point d'abandonner lorsque M. Patrick Edel de la Guilde européenne du raid m'a proposé, à une semaine de mon départ prévu, de me financer mon billet d'avion. Malheureusement, entre temps, j'ai perdu la trace du groupe d'anciens combattants français que j'étais censé suivre dans leur voyage au Vietnam… Ma décision à été rapidement prise d'y aller malgré tout pour ne filmer finalement qu'un ancien commandant du front vietminh, le Colonel Dang Van Viet, avec qui, par contre, j'étais resté en contact. Dommage pour les Français…

     10 000 m d'altitude, 1000 km heure, je suis fatigué et mal installé dans cet avion "Vietnam Airlines". Mon voisin me parle, il a dans les 70 ans et un fort accent allemand, il s'approche trop près de mon oreille… Je lui réponds par des "oui, oui" absents mais polis. Jusqu'à ce que le mot fatidique de "RC4" transperce le ronron des réacteurs.
- Je suis un ancien légionnaire, nous sommes tout un groupe à nous rendre sur la RC4… Mais vous ne connaissez pas vous, vous êtes un peu jeune…
- Mais… Si ! je connais !
- Ah ? ! Vraiment ?
- Oui, je m'y rends aussi ! !

Et me voilà debout en chaussette dans une allée latérale à bavarder avec le chef du groupe :
- Et vous allez assister à une commémoration officielle ?

 

     - Oh là, non ! Nous y allons à titre totalement individuel. Par contre, si cela vous intéresse, nous avons une rencontre programmée avec un ancien commandant du front de la RC4. Il s'appelle le Colonel Dang, euhh, Dang van chez pas quoi, il faut que je regarde sur mes papiers, vous permettez ?… Voilà, Ah ! le Colonel Dang Van Viet ! Mais enfin ça ne vous dit rien à vous…

     Stupeur dans ma tête…
- Mais… Si ! je le connais, j'ai aussi rendez-vous avec lui !
- Ah ? ! Vraiment ?
- Dites moi, ça ne vous dérange pas si je commence à filmer tout de suite dans l'avion et que je vous suive pendant cette semaine ?
- Ma foi non, il faudra juste demander l'accord de notre guide sur place : M. Lê Ninh
- Tiens, je ne le connais pas lui, mais son nom…

     Heureusement j'ai une cassette vierge, heureusement j'ai une batterie pleine. Et là-bas, un monsieur qui parle fort…
- Ce ne vous dérange pas si je vous filme ? Je peux allumer les loupiottes au-dessus de vos têtes ?

"Tu sais celui qui était à Diên Biên Phu ? Comment s'appelle-t-il déjà ?…"

     Marcel parle à sa femme, ça y est, je tourne les premières images de mon documentaire tant rêvé. Il est des coïncidences qui chamboulent vos pensées tant soit peu rationnelles. Je ne sais pas qui envoie la balle mais je sais qu'il faut la saisir au bond. Nous sommes le 1er octobre 2000, je suis devenu un professionnel.

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     3. DAO, CYCLO-POUSSE

     3 octobre, Cao Bang. Il pleut… Je devrais être énervé mais finalement pas trop. J'ai une grosse rayure sur le coin inférieur gauche de mon optique. Une sale histoire après la chute de ma caméra (et de moi-même) dans la boue d'une rizière au Cambodge. Les paysans étaient hilares, moi beaucoup moins… Bref il pleut, le manque de reflets permet à cette rayure de rester discrète, c'est déjà ça…

     Dao m'accompagne, nous sommes venus en Minsk de Hanoi. La Minsk est une moto russe, comme son nom l'indique, très répandue dans le Nord. Tout-terrain, rustique au look assez rétro, elle fait le bonheur de deux catégories sociales au Vietnam : les campagnards et les expatriés. Ceux qui acceptent d'avoir en permanence un tournevis à portée de main et des chaussures graissées à l'huile de moteur succombent sous le charme…

     Et qui est ce Dao ?
Il me faudrait vingt pages pour raconter Dao… Mais je vais condenser…

     Lorsque je suis arrivé à l'école HOA SUA, qui se trouvait à l'époque dans une petite maison au style colonial devant l'Opéra, tout frais descendu de l'avion et tout désorienté, je me suis fait repéré par un petit bout d'homme assis dans son cyclo, sous l'ombrelle d'un frangipanier. Avec ses tongs, son short trop grand et son visage plissé par un rire généreux et perpétuel, c'était Dao ; nous avions exactement le même âge. Il venait me chercher à ma porte et me raccompagnait le soir. Dans une circulation dense où j'étais assis aux premières loges, les cyclos sont conçus ainsi, Dao me transportait hors du temps. Nous chantions "Alouette", "Frère Jacques" (la phrase dans laquelle il y mettait tout son cœur était le "Ding daing dong" final) et aussi le "Je vous salue Marie". Il était catholique et sa grande joie a été de découvrir que je l'étais aussi. Chaque dimanche nous allions à la messe ensemble à la cathédrale St Joseph. Il n'était pas le seul cyclo catholique dans Hanoi. Ils l'étaient majoritairement. La plupart venait des provinces de Nam Dinh et Nim Binh, dans lesquelles les églises poussent dans les rizières comme des miracles (mais en vérité, au prix d'efforts coûteux). La famille de Dao habite dans un village à 30 km de Nam Dinh. Son père s'adonne souvent à la lecture d'un seul livre dont il connaît déjà chaque verset : la Bible.

     Nous allions donc à la messe, déjà comme deux frères. J'attendais Dao à l'entrée du parking à cyclos situé à gauche de l'édifice. Il rangeait consciencieusement le sien au milieu de la masse. Drôle de masse, drôle de vision, charmante et rétro, que celle de ce parking à la centaine de cyclos alignés. À l'intérieur de la cathédrale régnait une chaleur humide qu'il fallait balayer à l'aide d'un éventail acheté sur le parvis. Je ne comprenais rien à part les lectures de mon missel, l'homélie durait une plombe pendant laquelle je posais ma tête sur mes avant-bras pour m'assoupir dignement. Dans l'assemblée, beaucoup était ainsi, en position d'intense recueillement, ce n'était pas l'apanage de l'étranger… Inconfortable, j'étais content, je rendais grâce à Dieu de m'avoir confié un frère, et de me sentir ainsi vivre en famille à Hanoi.

     Et puis un jour le cyclo a disparu. J'ai vu arriver dans l'enceinte de l'école un Dao déconfit, tenant dans ses mains ce qu'il avait pu sauver : le haut vent et les deux coussins. Et à ce moment précis, je me suis rendu compte que les lois entre les hommes dans ce pays pouvaient être cruelles. Les gardiens n'aimaient pas voir Dao rentrer dans la cour de l'école. Je n'ai jamais su qu'elle en était la véritable raison. Ce jour-là, je les ai vus arracher de ses mains les accessoires du cyclo et les jeter à l'extérieur, en pleine rue. Sur le bitume brûlant et aux yeux de tous, les deux coussins ont rebondi et le haut vent s'est écrasé. J'étais révolté et je ne pouvais rien faire. J'ai vu Dao, ramasser piteusement les restes avant de s'en aller, tête baissée, en émanant une tristesse que je ne lui connaissais pas encore.

     Les cyclos posaient deux problèmes aux autorités de Hanoi : celui de l'encombrement face à une circulation endémique, et celui de l'image rétrograde qu'ils imposaient à une ville qui rêvait d'être moderne. Alors en 1997 les rafles ont commencé. Les cyclos non immatriculés à Hanoi (non domicilié, la majorité) n'avaient plus le droit d'exercer, et un certain nombre de rues leur sont devenues interdites. Dao se faisait régulièrement arrêter, et pour récupérer son cyclo, deux solutions se présentaient habituellement : soit il payait directement, soit il passait la journée avec le policier afin de transporter les légumes et les fruits qu'il confisquait aux petits vendeurs de trottoir et qu'il ramenait à son domicile le soir.

     Mais ce jour-là, c'en était fini pour de bon. Son cyclo est parti pour le cimetière. Cimetière provisoire, sorte de purgatoire où les engins s'entassent et rouillent avant d'être finalement revendus à des profits individuels. Et puis disons-le, tant qu'il y aura des cyclos, les policiers pourront arrondir leurs fins de mois, alors pourquoi les supprimer intégralement ? C'est le théorème du pays pauvre en quelque sorte…

     Le parking à cyclo de la cathédrale, lui, s'est vidé depuis…

     Alors Dao a fait comme tous les autres, avec ses quelques économies il s'est acheté un scooter local. Il n'était plus cyclo, il était "Xe Om", moto taxi. Moins dégradant me diriez-vous. Mais non. Les étrangers ont souvent des scrupules à monter dans un cyclo : le Vietnamien maigre et transpirant qui pédale à l'arrière les met mal à l'aise.

     D'ailleurs le cyclo roublard souffle et crache, montre sa douleur et sa misère pour mettre encore plus de scrupules dans la tête des touristes et les inviter à partager substantiellement sa peine. Il est content sur le coup et il n'imagine pas que la prochaine fois ses clients prendront le taxi pour ne pas cautionner l'esclavagisme !

     Et ces derniers, de leur côté, ne savent pas que les cyclos vides ne nourrissent pas les familles de ceux qui les conduisent…

     Il est intéressant de voir comme la bonne conscience des étrangers dans un pays pauvre est parfois décalée et s'oppose même au manque de scrupules, qui eux seraient plus fondés, de certaines multinationales venues s'implanter…

     Bref, quand Dao était cyclo, il pédalait dur, certes, mais il gagnait sa vie. Il gardait un peu d'argent pour lui et envoyait le reste à ses parents. Lorsqu'il est devenu "Xe Om", les ennuis ont commencé. En confisquant les cyclos, les autorités espéraient que les contrevenants allaient retourner chez eux. Évidemment, il n'en était rien. Tous devenaient "Xe Om" et la circulation s'est accentuée en étant plus bruyante et plus polluée encore. Du coup, il y avait toujours plus de monde sur la place ; les anciens Xe Om et les nouveaux. La concurrence s'est endurcie, la précarité aussi. Mais le premier vrai problème pour Dao était de faire démarrer sa moto, déjà vieille et fatiguée…

     Avec lui, j'ai passé les plus beaux moments. Parfois difficiles mais intenses. Nous avons sillonné ensemble toutes les régions du nord. Lorsque nous nous arrêtions chez les montagnards, je m'asseyais dans la pénombre et je le regardais expliquer, avec le ton d'un grand connaisseur, nimbé du halo d'une lampe à huile, la vie à l'occidentale devant les habitants avides de curiosités. Je me régalais de le voir ainsi, prendre du "galon", lui le petit "nha que" que j'aimais tellement. Il respectait profondément les gens chez qui nous nous arrêtions, jamais il prenait un air hautin et méprisant comme le font souvent les citadins.

     Toutes nos ballades lui ont permis d'être une des rares personnes de Hanoi à connaître parfaitement ces régions. Ainsi, après mon départ, il est tout naturellement devenu guide. Après des moments difficiles, il possède depuis peu un téléphone portable et une voiture qu'il a acheté avec son frère. Taxi privé, guide, coursier, dépannages en tout genre, si vous avez l'occasion d'aller au Vietnam, contactez-le par mon intermédiaire, vous verrez, il est terrible !

     J'aurais encore beaucoup de choses à raconter sur les moments passés ensemble. Je le ferai plus tard, vraisemblablement…

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     4. CAO BANG, JOUR DE COMMÉMORATION    

     Je reviens à mon sujet : le tournage de "Retour sur la RC4"

     Dao était donc mon "grand responsable logistique". Tous les deux installés sur la Minsk avec tout notre farda, nous avons rejoint le Colonel Dang Van Viet dans l'hôtel principal de Cao Bang. Quelques jours auparavant, les touristes ont été priés de quitter la ville et toutes les chambres ont été réquisitionnées pour les officiels venus assister à la commémoration. Avec la complicité du Colonel, nous avons quand même pu obtenir une chambre dans son hôtel. J'étais donc le seul étranger à pouvoir assister à cette célébration. Quelle exclusivité ! Et dire qu'en France, tout le monde s'en fout ! Cet exploit est tout à mon honneur, certes, mais tout confidentiel aussi…

     Le Colonel Dang Van Viet a 80 ans. Il était le commandant vietminh du régiment 172 sur le front de la RC4, il avait 30 ans, mon âge… Je l'ai connu grâce au mari de la Directrice de l'école Hoa Sua qui avait été dans la même faculté de médecine quelques années après lui. Ils s'étaient revus dans les maquis et sont toujours restés proches depuis. Le Colonel (qui est resté en vérité Lieutenant Colonel) est une figure emblématique de la libération. Ses exploits lui ont valu les considérations du plus haut niveau. Mais les considérations seulement. À cause de ses origines mandarines, il n'a jamais été promu comme l'ont été les officiers issus des classes prolétaires. Il vit maintenant dans un petit appartement spartiate au sud de Hanoi. Le Colonel s'exprime en français avec beaucoup de finesse. Il construit ses phrases dans sa tête, cherche le mot juste, cela peut prendre du temps, mais au final son expression sera correcte. Tout chez lui est tactique, stratégique, réfléchi, posé, mesuré.

     Dans les années 80, il a écrit un livre intitulé : "La RC4 embrasée". Écrit dans la tradition épique, dans l'encensement national et dans l'autocensure, il a reçu le "premier grand prix littéraire national" en 1998. Ce livre vient d'être édité en France, malheureusement.

 

Malheureusement car son style littéraire a été orienté par l'interdiction d'objectivité imposée au Vietnam depuis des années, et il ne correspond certainement pas aux pensées de l'auteur dans leur intégrité. Il ne faut pas être dupe.

     Francophone, francophile, élevé dans la tradition franco-vietnamienne, ses propos deviennent beaucoup plus nuancés lorsqu'en privé, on prend le temps de se laisser jauger, de se parler à cœur ouvert. Il faut comprendre les subtilités de la communication vietnamienne pour véritablement atteindre l'homme. Et cet homme mérite d'être atteint.

     Depuis plusieurs années le Colonel Dang Van Viet entretient des échanges avec un certain nombre d'anciens combattants français. Sa démarche, qui n'est pas la seule du genre, est entièrement personnelle et n'entre que très rarement dans un cadre plus officiel.

     Vous pourrez lire son interview sur le site, à la fin de mon récit.

     Nous sommes donc le 3 octobre 2000, il pleut des cordes, nous sommes levés depuis 5 heures du matin. Le hall de l'hôtel est rempli de vétérans. Je les regarde depuis le haut des escaliers, on dirait une cour d'école. Sauf que ces écoliers-là ont parfois un bras ou une jambe en moins, ils sont courbés, ratatinés. Tout ça bringuebale dans un vacarme aigu. Les pommettes saillantes se font face, les visages émaciés se plissent de bonheur. La guerre les a rendus complices pour la vie ; aujourd'hui est une occasion pour eux de se retrouver entre frères d'armes… Je pense alors à ce qui se passe à 13 000 km d'ici, aux Invalides. Sensiblement la même chose dans un décor différent…

     Et puis finalement je descends, les têtes se tournent, tout le monde me regarde, moi le Français…

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